Poisson : Comment acheter durablement ?

Petits poissons frais (sardines) dans des cagettes jaunes en plastique sur le port.

Les spécialistes de la santé n’ont cessé de le répéter depuis des années : « il faut manger du poisson, c’est bon pour la santé ». Aujourd’hui, on constate que le discours a changé et qu’il faut limiter sa consommation de poisson à une ou deux fois par semaine. Il y a fort à parier que le poisson sera l’acteur principal du (probable) prochain scandale alimentaire.

Alors bon, qu’est-ce que nous pouvons faire concrètement par rapport à ça ? Et surtout comment faut-il choisir son poisson pour être sûr d’avoir un produit de qualité ? Nous allons voir ensemble dans cet article quelles options s’ouvrent à nous et comment nos achats peuvent changer pas mal de choses. Bienvenue dans le monde merveilleux des produits de la mer !

D’où vient le poisson que nous mangeons ?

Le poisson est un aliment « excellent » pour la santé. Certes, il apporte beaucoup de protéines, de bonnes graisses pour notre corps (dans le cas des poissons gras) et il a une haute teneur en minéraux. Néanmoins, le poisson que nous consommons contient également un nombre important d’indésirables dont nous nous passerions bien : mercure, métaux lourds, éléments radioactifs, produits chimiques, pesticides, mauvaises graisses, OGM

Et les poissons eux-mêmes n’en peuvent rien… les mers et les océans souffrent d’une pollution qui atteint des degrés inimaginables. La surpêche cause des dommages considérables pour l’environnement. Et l’activité humaine n’est pas en reste. Les déchets industriels et les ordures ménagères, les naufrages pétroliers… Et ce n’est là qu’un résumé grossier de la situation. Je vous passe les détails et autres analyses scientifiques qui feraient fuir tous les animaux marins de la planète (et les autres aussi). Bref, vous voyez le tableau.

Dans les pays occidentaux, nous avons un best-of ! Le saumon, le cabillaud et le thon… Tout le monde en veut et tout le monde en mange. C’est pour cette raison qu’il faut pêcher de manière intensive au risque de détruire la flore maritime. C’est pourquoi il y a de plus en plus de fermes d’élevage de poissons un peu partout autour du globe. Toutefois, il est possible d’améliorer les choses et de se nourrir avec du poisson de qualité.

Poisson d’élevage : le point noir de la poissonnerie

Les poissons d’élevage sont élevés dans des bassins (cages) au large des côtes. On parle d’élevage en Europe pour les poissons les plus consommés comme c’est le cas pour le saumon avec des élevages intensifs en Norvège, en Irlande et en Écosse. Puis il y a le cabillaud, le bar (atlantique et méditerranée) et la dorade en méditerranée (Espagne, France). Une ferme possède de un à plusieurs « champs ». Chaque champ compte plusieurs bassins. Et dans chaque bassin, on dénombre près de 200.000 poissons.

Ces poissons sont les uns sur les autres. Avec peu d’espace pour nager, ils ne développent pas de muscles et n’ont pas d’esprit de chasse. Les maladies et les parasites sont légions dans les bassins et donc il faut traiter. Jets de pesticides et autres produits phytosanitaires directement dans les bassins, vaccinations des poissons, traitements indirects par la nourriture. Parlons-en de la nourriture. Nous n’allons pas rentrer dans le côté obscur, mais il faut savoir que derrière tout cela, il y a les grosses multinationales qui cherchent à dominer le marché de l’alimentation. Allez ? Mais non ?

Les poissons sont nourris avec des croquettes et des pellets qui sont bourrés de graisses et de protéines mais aussi de médicaments, d’antibiotiques, d’acides,… et je vous épargne le reste. Ce qui est important à retenir, c’est que cette nourriture sert uniquement à engraisser le plus vite possible ces poissons pour les vendre au « meilleur prix » ensuite. Comme les graisses captent très bien tous les produits chimiques, nous les assimilons nous-mêmes une fois que nous consommons ces poissons. Et une fois ingurgités, bonjour les dégâts sur la santé.

Assiette de saumon (poisson frais) entourée d'ingrédients divers : beurre, citron, vert de poireau, épices et ail
Pour le saumon, optez pour le saumon écossais label rouge ou préférez la truite.

Poisson issu d’élevage raisonné

Toutefois, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il existe des éleveurs qui travaillent de manière raisonnée avec un nombre plus petit de poissons par bassin, une nourriture de meilleure qualité, voire biologique. Des tests réguliers et des contrôles qualités qui font de ces poissons des produits de meilleure qualité. De plus, cela impacte beaucoup moins l’environnement.

Pour savoir si vous achetez du poisson d’élevage raisonné, demandez-le à votre poissonnier. Un bon poissonnier devrait être capable de vous le dire. De toute façon, sur les étals, il sera toujours marqué s’il s’agit de poisson d’élevage ou bien du poisson sauvage. Malheureusement, pour le poisson d’élevage, le type d’élevage n’est pas mentionné. C’est pour cela qu’il faut poser la question.

Il vaut mieux se tourner vers des fermes locales à proximité de chez vous. Si vous n’habitez pas en bord de mer, optez pour des poissons labellisés comme le saumon label rouge par exemple pour être sûr d’avoir de la qualité. Ce dernier est élevé dans des conditions naturelles en Écosse selon des critères de qualité très précis.

Pêche industrielle : un désastre pour la nature

Il y a une grosse différence entre les deux types de pêche que sont la pêche industrielle et la pêche artisanale. La pêche industrielle approvisionne les grandes enseignes de la consommation. La pêche s’effectue au chalut. Les chalutiers raclent le fond des mers et des océans pour récupérer un maximum de prises. Cela détruit l’environnement et fait courir un risque à certaines espèces qui se retrouvent prisonnières malgré elles. Ces dernières se retrouvent blessées voire tuées puisqu’elles ne correspondent pas à ce que les consommateurs désirent.

Ensuite, les chalutiers sont des bateaux qui partent une semaine voire deux semaines en mer. Le poisson une fois pêché est stocké pendant plusieurs jours (1 à 15 jours) sur le bateau avant de revenir au port et de décharger la marchandise qui partira ensuite vers les grandes surfaces. C’est fort différent de l’image qu’on a du pêcheur qui part avec son bateau pour ramener son poisson frais à la criée au matin.

Dans les supermarchés justement, vous trouverez du poisson de chalutier au rayon des surgelés et parfois au rayon frais si une poissonnerie existe dans le magasin. Encore une fois, le poisson « frais » est parfois du décongelé ou du poisson en barquette arrivant à sa date limite de consommation qu’on arrose un peu d’eau et qu’on remet sur l’étal en disant que c’est du poisson frais… Attention, ce n’est pas partout comme ça mais ça peut arriver. Il faut bien limiter les pertes de profit, non ?

Maquereaux sur glace dans un étal de poisson frais chez un poissonnier avec un plaquette indiquant le prix et les mentions légales (origine, méthode de pêche)
Observez toujours les mentions légales pour connaître la provenance du poisson et la méthode de pêche.

Pêche artisanale : pour du poisson de qualité

La pêche artisanale est pratiquée par des pêcheurs qui ont ça dans le sang.  Ils partent en mer dès que les conditions le permettent. Ils pratiquent une pêche durable respectant la saisonnalité des poissons. Car oui, le poisson est un produit de saison. En fonction du moment de l’année, on consommera tel ou tel type de poisson. Peu de gens le savent malheureusement. La pêche artisanale est celle qui a sûrement le moins d’impact environnemental et aussi le meilleur impact social.

La pêche artisanale utilise selon trois méthodes : à la ligne, au filet ou au casier. Tous les poissons pêchés sont des poissons sauvages qui ont une chair plus tendre et plus de goût que les poissons d’élevage dont la chair est plus grasse. Alors oui le poisson sauvage est plus cher que le poisson d’élevage. Pourquoi ? Parce qu’il faut payer le travail des pêcheurs qui partent entre 8 et 15 heures en mer pratiquement tous les jours. Alors qu’en fermes d’élevage, il suffit de 30 minutes (façon de parler) pour collecter du poisson à la demande.

Pour avoir une consommation durable et du poisson de qualité, il faut, dans l’idéal, acheter chez un poissonnier indépendant. Très souvent, celui-ci travaille avec du poisson acheté à la criée et qui provient essentiellement de petits bateaux de pêche. N’hésitez pas à lui demander la provenance du poisson que vous souhaitez et la technique de pêche utilisée. Vous avez face à vous un professionnel qui connaît son métier. En grandes surfaces, il ne faut pas vous attendre à la même qualité de poisson et de service.

Bon à savoir sur le poisson

  • Préparer un poisson entier vous-même vous paraît peut-être fastidieux… demandez à votre poissonnier, il se chargera pour vous de lever les filets, d’écailler le poisson et d’enlever les arêtes.
  • N’achetez pas de Panga ! C’est probablement le poisson blanc le moins cher (environ 10 € le kilo contre 30-40 € le kilo pour les autres). Ce poisson est élevé dans des conditions terribles dans certains pays asiatiques. Ce poisson est gorgé d’eau et de saloperies. Il ne présente ni goût, ni odeur. Aucun intérêt.
  • Le monde est divisé en zones de pêche strictement délimitées. Il en existe 19 sur la planète. Vous verrez par exemple « océan atlantique nord-est ». On ne dit que très rarement que le poisson vient de tel port ou de tel pêcheur.
  • Si vous mangez du poisson pour avoir des omégas-3, préférez les sardines et les anchois aux autres poissons. Les petits poissons contiennent de bonnes graisses et en plus des omégas-3, ils sont riches en protéines, minéraux et oligo-éléments.
  • À la place du cabillaud, optez pour du tacaud, du lieu noir, du lieu jaune ou du mulet.
  • Si vous aimez le saumon fumé, pourquoi ne pas changer pour du hareng fumé, du maquereau, du haddock ou encore de la truite fumée (tous moins chers).
  • Le label MSC pêche durable n’est pas exempt de tout reproche. Il offre une certaine garantie au consommateur. Il y a du bon mais qui est souvent noyé dans la masse industrielle.
  • Voici les mentions obligatoires pour le poisson : espèce (dénomination commerciale), nom scientifique, méthode de production (eau douce, eau de mer, élevé, sauvage), zone de pêche ou pays d’élevage, type d’engin de pêche, mention « décongelé » ou « frais ».

À vous maintenant !

Avec toutes ces indications, nous pouvons à présent acheter du poisson en toute connaissance de cause. Nous avons maintenant des critères précis à évaluer si nous voulons consommer du poisson de qualité. Dites-moi dans les commentaires si vous avez découvert des choses que vous ignoriez.

Pour aller plus loin dans l’étude des produits de la mer, je vous invite à consulter mon article sur les crustacés. Et puis, il y a aussi celui sur les coquillages. Il vous suffit de cliquer directement sur les liens pour les lire.

Une dernière chose… pensez à liker et partager l’article ! 😉 Cela ne vous coûte rien (à peine quelques secondes) mais cela représente beaucoup pour moi. En outre, cela permet de faire connaître le blog et de m’encourager à vous offrir du contenu de qualité.

Merci à vous ! 🙂

Au plaisir !

Article 48/50 du défi “Manger moins et mieux : en 50 semaines

Crédits images : Free-Photos, David, B. Townsend, Samuel C.

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